23F : Qui a tiré profit du coup d’État ?
23F : Qui a tiré profit du coup d’État ?
Le roi Juan Carlos était-il impliqué dans le coup d’État du 23F ? A-t-il eu quelque chose à voir avec cela, directement ou indirectement ? Ces questions ont circulé pendant la dernière décennie. Rappelons que, jusqu’à recemment, l’image de Juan Carlos I sauvant la démocratie était encore incontestable. Il a fallu attendre les dix ou douze dernières années pour que cette version soit réellement remise en question.
Que s’est-il passé en Espagne entre la proclamation de la constitution espagnole et le coup d’État de février 1981 ?
Ce qui s’est passé, à la surface est connu du public. Le système démocratique commence à fonctionner, lentement et avec plus d’illusion que de succès. Mais, néanmoins, il bouge. Sous la direction d’Adolfo Suarez, une série de réformes visant à aligner le système espagnol sur celui des États voisins ont été mises en œuvre. La mesure dont on a le plus parlé est peut-être la légalisation du parti communiste, ce qui a profondément fâché les plus nostalgiques du régime.
Mais qu’en est-il des coulisses ? Que se passe-t-il dans les cercles les plus exclusifs, directement issus de la dictature ? Militaires, policiers, anciens ministres, juges et procureurs, hauts fonctionnaires, aristocrates, évêques et prêtres, banquiers et hommes d’affaires ? Tous ces bénéficiaires de quarante ans de dictature, de marché noir, d’autarcie, d’expropriations, d’abus de toutes sortes, de népotisme, de clientélisme ? Comment ont-ils réagi au cours de ces années décisives ? Étaient-ils pour ou contre la démocratie ? Ou peut-être ont-ils ressenti un mépris ou une indifférence totale pour ce phénomène des masses qui n’avait rien à voir avec leur quotidien ? Probablement un peu de chacun.
Lorsque nous parlons de corruption aujourd’hui, nous faisons généralement référence aux politiciens corrompus en termes péjoratifs. Parfois, nous allons même jusqu’à exagérer, en disant que tous les hommes et femmes politiques sont, dans une certaine mesure, corrompus. Mais il est rare que nous nous penchions sur l’autre partie de l’équation, les corrupteurs. En fait, la corruption profite aux corrompus, mais pas seulement…
Avec le coup d’État de Tejero nous faisons un peu la même chose. Nous fixons notre regard sur les protagonistes : le lieutenant-colonel au tricorne et au fusil, les gardes civils qui l’accompagnent, le général impliqué, le colonel qui emmène les chars dans la rue… Même le roi qui, à un moment donné, annonce publiquement que le match est terminé. Mais qui est derrière tous ces gens ? Qui est derrière le roi, derrière les militaires, derrière les complices ?
Que la plupart des militaires, à l’époque, voulaient que ça bouge, je ne pense pas que quiconque remettrait cela en question aujourd’hui. Mais l’armée n’était pas assez. Un soutien plus important était nécessaire. Il fallait de l’argent, un soutien international, une sorte de certification morale, le coup d’État devait réussir et le régime suivant devait survivre. Et cela, après les dernières années de franquisme décadent et la naissance de la démocratie, n’a pas été si facile. Il fallait le soutien du roi, oui, mais aussi celui du reste des élites. Et ce que les membres de ces élites ont fait, dit, pensé et décidé, nous n’en savons pas encore grand chose.
Probablement, le but des militaires, de la majorité tout au moins, était de reprendre le pouvoir par la force. Mais une bonne partie des élites était consciente que l’autarcie avait laissé le pays loin derrière le reste du monde, et que s’il s’ouvrait soudainement au monde extérieur, des flots d’investisseurs se précipiteraient, comme cela s’est avéré être le cas. Au demeurant, il serait peut-être utile de revoir la manière dont cette “transition” a été effectuée. Probablement aussi, la plupart de ces VIPs auraient accueilli avec satisfaction et enthousiasme la mise en place d’une dictature déguisée en démocratie, qui leur aurait permis d’accéder aux marchés et de continuer, comme si de rien n’était, au niveau national.
Mais tout ceci n’est peut-être qu’une digression. Pour l’instant, c’est un univers qui reste inaccessible au commun des mortels. Et tout ce que nous pouvons c’est faire des hypothèses. Probablement, un jour, qui sait si dans quinze ou vingt ans, quelqu’un trouvera dans des boîtes poussiéreuses des archives, plus oubliées que cachées, et de nouvelles informations changeront la donne.
23F : 23 février 1981, tentative de coup d’État d’Antonio Tejero.
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